Ils veulent m’envoyer en Afghanistan

25/05/12 Témoignage d’un homme Afghan qui s’est fait arrêter alors qu’il entamait une grève de la faim avec 30 autres personnes pour protester contre la situation des personnes sans papiers en Belgique. 

Écouter le témoignage :

Ils veulent m’envoyer en Afghanistan_01

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Bonjour,

Je suis au centre fermé de Merksplas depuis deux mois et 5 jours, mais ça fait quatre ans que je suis en Belgique. Là, les procédures sont finies et ils vont me renvoyer en Afghanistan.

Mais ce n’est pas possible, ils ne peuvent pas me renvoyer ! Il y a beaucoup de problèmes en Afghanistan. Dans la capitale, Kaboul, il y a beaucoup de problèmes, tous les jours il y a des bombes qui explosent, des gens qui tirent, la mafia, les talibans…

Ils m’ont dit qu’ils allaient m’envoyer en Afghanistan, ce n’est pas normal.
Mon pays n’est pas comme les autres pays, je viens de trop loin ! J’ai voyagé par  l’Afghanistan, le Pakistan, l’Iran, la Turquie, la Grèce, l’Italie, la France et puis la Belgique.

Là-bas en Afghanistan personne n’est content, qui aime la guerre tous les jours ? Les gens n’ont pas d’argent, ils n’ont rien dans notre pays. Moi je suis venu ici avec d’autres Afghans, on ne voulait pas de la guerre, des talibans et des combats tous les jours.

Ils me disent “que tu veuilles voler ou non, tu vas retourner, tant pis”.

Il y a beaucoup de problèmes à la capitale, 100 personnes sont mortes et 200 blessées en moins de deux mois. Je leur dis que  je veux la vie et ils m’ont dit que je vais partir dans la guerre, que ce n’est pas leur problème, que je vais aller là-bas. Qu’est-ce qu’on fait? Personne ne m’écoute.

J’étais à l’ambassade d’Afghanistan et ils m’ont dit que je n’aurai pas de laissez passer pour les Afghans parce qu’il y a trop de problèmes là-bas, ils ont dit qu’ils allaient me faire un passeport, comme ça je pourrai partir.

Moi je ne veux pas retourner! On me dit qu’à Kaboul il n’y a pas de problèmes, mais qu’est-ce que je vais faire là-bas?

Il y a des Américains, des talibans, tous les soldats, tous les jours les talibans vous attaquent, tous les jours c’est cinq ou dix personnes qui meurent.

Plus de 200 ou 300 Afghans sont morts. Les talibans veulent qu’on sorte de l’Afghanistan.

Personne n’écoute.

A Bruxelles,  on était 40 personnes en situation illégale comme moi.
On fait la grève de la faim. Le premier jour que la police est venue, 30 personnes ont été libérees et moi avec d’autres amis on a été amenés en centre fermé, le 12 mai. Le centre fermé c’est trop difficile.

J’ai passé quatre ans en Belgique, j’ai été à l’école, je n’ai eu aucun problème. Je respecte tout le monde, je n’ai jamais créé de problèmes.

Je dois marcher 5 à 10 km, je ne prends jamais le bus parce qu’il y a des contrôles.

Je n’ai pas argent, je n’ai pas volé, je n’ai tué personne, je n’ai jamais créé de problème et pourquoi je dois partir?

Ca fait quelques années que je suis ici. Si mon pays était ok, si c’était calme, je n’allais pas rester, je serai la première personne à vouloir partir.

Le règlement est trop difficile à Merksplas. A 21h on doit aller dans sa chambre, les portes sont fermées, on n’a pas de gsm, pas de télé, rien. Énormément de gens sont stressés ici, on  angoisse. Trente ou quarante personnes ont fait la grève de la faim mais c’est très difficile ici à cause du règlement. Certaines personnes ne veulent pas manger, elles veulent mourir, elles ne veulent pas rester ici. Il y en a, s’ils trouvent un couteau ils veulent se tuer. Moi aussi si je trouvais quelque chose…, je ne veux pas la vie comme ça, mais on ne trouve rien, tout est fermé tout le temps… Il y a tout le temps des contrôles. Moi je reste sans nouvelles, mais je crois qu’ils vont me déporter.

D’autres Afghans dans notre bloc, qui viennent aussi de Kaboul, devront partir. Ils disent qu’il n’y pas de problèmes à la capitale.

C’est une décision négative. Moi, ça fait deux ans que je suis régulièrement hospitalisé, je prends des médicaments tout le temps.

Quand je serai déporté là-bas en Afghanistan, je ne pourrai pas être hospitalisé, je n’aurai rien. Ils disent que là-bas il y a plein de choses pour moi, mais moi je sais qu’il n’y a rien dans mon pays. Mon père est mort depuis deux mois, mon frère, ça fait neuf ou dix mois qu’ils l’on tué, dans la capitale.

Vous savez, ils ont seulement regardé sur l’ordinateur, et ils disent là-bas c’est bon, là-bas c’est pas bon, etc.

Si on me donne la garantie que je peux retourner sans problèmes, je signe et je rentre! Qu’on me donne une garantie ou qu’une personne parte avec moi, vive une semaine seulement avec moi, et je dis OK je reste ici . Mais personne ne nous écoute.

Je dois aller là-bas et après ils vont dire que je suis venu pour faire un rapport aux Américains, et je me faire tuer, ils ne vont pas attendre une seconde quand ils vont voir que je viens d’un pays européen, ils vont penser que je  viens pour,  pour faire un rapport.
Beaucoup de personnes sont déjà mortes comme ça. C’est ma situation, j’ai tout expliqué, je ne sais pas encore si ça va changer quelque chose ou pas.

Je ne viens pas d’un pays d’où on vient  pour 200 ou 300 eur pour rentrer ici, avec avion ou visa. Non, moi j’ai payé 12.0000 euros pour entrer en Belgique, pourquoi? parce que je voulais mener une vie calme.

Ce n’était pas facile, ça m’a pris deux mois d’Afghanistan jusqu’ici, à pied, en bateau, en camion, j’ai vu beaucoup de choses. J’ai failli mourir. Je suis resté 24 heures dans un camion, sans oxygène.  Ce n’est pas normal que j’aie dû payer 12.000 euros, ce n’est pas normal de payer ça pour ma vie.

Merci, bonne soirée, merci beaucoup, au revoir…

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