Le Caricole , prison « dorée » pour étrangers explose ! Évasions et maltraitances

Update 30/05/2017:  8 personnes sont venue à Caricole, les gardiens ont dit aux détenus qu’il s’agissait du nouveau groupe qui allait être la nouvelle escorte dans les mois à venir.Ils ont mangé avec eux au réfectoire (évidemment sans leur adresser la parole)                 Bonjour la pression psychologique.

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28/05/2017

Theo Francken et l’Office des Étrangers ont annoncé l’ouverture de 3 nouveaux centres fermés où des hommes et des femmes vont être mis sous les verrous « administrativement », ceci avec les félicitations des différents partis qui gèrent de main de fer le séjour et la migration des étrangers.

Dans le cadre de ces politiques migratoires, l’organisation de cet enfermement dans les centres fermés reflète bien ces politiques avec une série d’intimidations, de violences, voire de tortures mises à exécution par le personnel des centres.

Au centre fermé Le Caricole près de l’aéroport de Bruxelles-national à Zaventem sont enfermées principalement des personnes  arrêtées à nos frontières et demandant l’asile à la Belgique, ainsi que des personnes qui ne seraient pas en ordre administrativement pour mettre un pied sur notre territoire et que l’OE tente de faire rapatrier vers leur pays de départ par la compagnie aérienne responsable.

Le centre fermé Le Caricole a été inauguré le 29/04/2012
Quelques discours à cette occasion :

“Le centre Caricole est destiné à maintenir humainement les étrangers afin de les rapatrier au plus vite dans leur pays d’origine ou de leur octroyer l’accès au territoire lorsque la réglementation le permet”, a expliqué Maggie De Block.

“L’objectif consiste, d’une part, à créer autant que possible dans le bâtiment un climat de sécurité et de convivialité, ainsi qu’une certaine liberté de mouvement”, a affirmé la Secrétaire d’État à l’Asile et à la Migration.

Le directeur général de l’Office des étrangers, Freddy Roosemont également présent à l’inauguration a refusé de comparer ce centre à une prison. « Il y a de l’espace et de la lumière, nous avons tout fait pour rendre le séjour le plus agréable possible pour les concernés » explique t-il.

Et petit billet des associatifs:

https://www.amnesty.be/infos/nos-blogs/archives/le-blog-de-claire-pecheux/article/inauguration-du-nouveau-centre?lang=fr

Aucun enfermement, de quiconque n’est acceptable. Les prisons, les centres fermés sont des établissements construits pour exclure les autres, ceux à qui nos dirigeants ne donnent plus ou pas le droit de participer à leur mode de société.

Dans le centre fermé Caricole annoncé comme prison dorée, » humaine », « sécurisée », « conviviale », » agréable », « avec une certaine liberté de mouvement » , les détenu.es ne sont pas content.es et l’expriment suite à plusieurs événements ce dernier mois :

Le 04/05/2017 les « résidents » comme ils sont appelés, ont été très bouleversés par l’arrestation extrêmement violente par la police fédérale dans le centre d’un détenu du Sierra Leone en vue de son expulsion

http://www.gettingthevoiceout.org/tentative-dexpulsion-caricole-uuuurgent/

Le 05/05/2017 La visite des parlementaires lors du Steenrock festival a été  mal perçue par certains résidents  vu le peu d’actions réellement efficaces de la part de notre gouvernement .
http://www.gettingthevoiceout.org/steenrock-a-linterieur-des-centres-fermes/

Le 11/05/2017 Trois détenus se sont évadés du centre. Deux ont été rattrapés par la police le lendemain, le troisième est toujours en liberté. Les résidents ont été très touchés par le courage des évadés.

Les détenus subissent suite à ces multiples événements d’énormes pressions.

Suite à l’évasion, la liberté de mouvement à l’intérieur du centre a été restreinte pendant plusieurs jours et la vigilance des gardiens est omniprésente. Les gardiens essaient de persuader les détenus que l’évadé du 11/05/2017, qui a gardé nombre de contacts avec les détenus, est radicalisé, que c’est un terroriste et qu’il est très dangereux.

Depuis 2 mois ils n’ont plus de connexion internet, ce qui empêche fortement l’accès aux documents et informations nécessaires pour l’ introduction de leurs demandes d’asile ou des contacts avec leurs proches.

Les téléphones portables sont progressivement coupés par les compagnies. La direction du centre refuse l’utilisation des téléphones du centre et n’a rien prévu pour permettre les appels indispensables pour les détenu.es vers leurs avocats, famille, associations,….

Les personnes arrivant au centre n’ont en général pas d’avocat pour introduire leur demande d’asile ou pour introduire les recours contre leur arrestation et leur refoulement. Les assistant.es sociaux du centre ont l’obligation de leur désigner un avocat généralement pro deo. On constate que la majorité des avocats désignés par les assistant.es sociaux actuellement sont des avocats tout à fait incompétents voire  absents ce que les AS du centre savent pertinemment…

Les documents soumis à leur signature sont en néerlandais, langue peu pratiquée par la grande majorité des détenu.es.

Au niveau médical les soins sont quasi inexistants ou pas adaptés à la pathologie du « résident ». C’est le personnel non qualifié (pas besoin d’un diplôme pour postuler) qui distribue les médicaments sans surveillance d’un médecin.

Le personnel du centre ne rate pas une occasion de mettre la pression sur les détenu.es en utilisant les mêmes stratégies que l’OE. Il leur promet des violences graves s’ils/elles refusent une expulsion, des arrestations au pays. Il les découragent de téléphoner à des contacts extérieurs, à diffuser leurs messages, les avertissant qu’ils lisent quotidiennement les articles publiés sur le site gettingthevoiceout et qu’ils savent tout.

Quelques témoignages récoltés en Live

Internet
“Toujours pas d’internet au centre, ça commence à faire long….. impossible de faire des recherches de renseignement”

Téléphones
“Beaucoup de téléphone coupés ici. Quand les gens demandent pour passer un coup de fil au bureau, ils disent non. Alors on essaye de s’arranger entre nous mais ce n’est pas facile”

Pressions et intimidations du personnel
“Ils racontent à tout le monde que l’évadé, celui qui n’a pas été rattrapé, est radicalisé, que c’est un terroriste et qu’il est très dangereux”
“Jeudi dernier il y a deux hommes et une femme qui ont visité le centre, les chambres, les douches etc. Ils étaient accompagnés par la directrice et c’est elle qui faisait les présentations, on peut dire qu’il n’y a presque pas eu de contact avec les détenus, moi il m’ont évité ça c’est sûr”
“Tous les jours les gens du centre, le personnel regarde la page de gettingthevoiceout avant de commencer le boulot. ” “même la directrice regarde tous les matins, ils ont pris la décision ces derniers temps”
“Les gens ne comprennent plus rien ici, on leur transmet tous leurs documents en néerlandais, pourtant leur avocat ne parle pas cette langue, eux non plus, alors pourquoi ils font ça ?”
« Beaucoup de rumeurs circulent sur les associations qui travaillent pour l’OE, “dans le centre on me dit que je suis en danger en communiquant avec toi”

Les avocats
“j’ai donné 900 euros à l’ancienne avocate et elle a rien fait. La nouvelle avocate est bien mais quand elle a reçu le dossier c’était déjà trop tard, rien n’avait été fait. ça me fait mal”
“Je tente d’appeler l’avocat mais en vain. On est dans une panique totale, on a vraiment besoin d’aide”
“Il m’a demandé 1000 euros et n’a encore rien fait.”

Les soins médicaux
Une femme a encore fait une crise: “elle a chuté aujourd’hui, elle était sur le sol les yeux fermés et elle ne bougeait plus. Les gens ont couru de partout, elle a été emmenée à l’infirmerie où elle passera la nuit. On s’est tous réunis et on a manifesté notre mécontentement aux gardiens, on leur a dit que c’était n’importe quoi, qu’il fallait l’emmener à l’hôpital, qu’il n’y avait pas de médecin le week end. On leur a dit qu’il fallait qu’ils parlent à la directrice de cette situation lundi matin”.
“Ici il y a une dame qui est souffrante, elle a les yeux rouges et elle ne sait plus les ouvrir, en plus elle a mal à la tête et ils lui donnent juste de la pommade ça n’a aucun effet ! ”

” Quand il y a des gens qui se sentent mal ici, ils disent “va prendre une douche ça ira mieux”, c’est quoi ça ?”
« Une femme demande à voir un médecin. Le lendemain, elle demande à nouveau une aide médicale car les douleurs ne sont pas parties. Elle se fait bousculer et on lui demande “d’arrêter son cinéma”.
Un détenu du centre nous dit “on a pas le droit d’être malade. Ça m’a beaucoup choquée, ça m’a fait mal, on croit que tu fais semblant. On doit d’abord mourir pour croire que l’on est malade. Nous sommes des pierres, pas des êtres humains pour eux.” »

Le CGRA et l’Office des Étrangers
“Toute son argumentation est de remettre en question la fiabilité des documents et des témoignages ….c’est dur. Ils cherchent toujours la contradiction, ils disent que les preuves ne sont pas valables mais où sont les critères, ils ne donnent pas de raison”

“c’est toujours pareil quand il y a des éléments pertinents qui arrivent sur la table, on voit les expulsions se précipiter”

“Ce matin à 8h30 ils sont passés dans ma chambre, ils ont encore demandé si je voulais déposer une nouvelle demande d’asile, ils mettent la pression sur ça je pense que c’est pour me donner une réponse négative et faire pression sur l’ambassade pour un laisser passer car ils n’en n’ont pas !”

“les billets sont distribués à tous ici, c’est comme une machine à sous !”

“ils ne veulent pas que les gens sachent ce qui se passe ici c’est pour ça qu’on a pas de téléphone avec appareil photo ! Mais c’est dingue ce qui se passe ici : par exemple hier deux personnes ont dormi dans le couloir juste avec une couverture ! ”

Visite des parlementaires et Festival Steenrock
Une femme  a été empêchée de voir les parlementaires car elle ne va pas bien du tout, sa situation semble donc avoir été cachée : “les gardiens l’ont suivie toute l’après-midi, elle est surveillée comme le lait sur le feu, ses mouvements sont contrôlés pas à pas”
“Ils ( les parlementaires) ont vu plus ou moins 17 personnes je crois, les gardiens ne les ont pas quittés des yeux mais ils ont quand même pu filmer en cachette avec leur gsm”
“Moi j’ai donné mon numéro de téléphone, il m’a dit qu’il allait regarder l’article et qu’il me rappellerait, j’attends toujours”
“On ne pouvait rien voir et rien entendre de l’événement, en plus les visites ont été supprimées.”

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