Témoignage d’une grêve de la faim : “On me fait des contrôles tous les jours. On sait très bien que je ne mange pas mais c’est leur façon de me dire “crève”.

02/12/2019 Il est en Belgique depuis plusieurs années, a purgé une peine de 6 ans dans différentes prisons. A la fin de sa peine, il a été transféré vers un centre fermé en vue de son expulsion vers « son pays d’origine » (double peine https://www.revuenouvelle.be/Le-retour-de-la-double-peine) . Il a subi une expulsion, mais son pays d’origine l’a refusé faute de laissez-passer et il a été refoulé vers la Belgique et remis en centre fermé.
Il y a 6 mois qu’il est en centre fermé et est actuellement dans “l’aile sécurisée” de Vottem qu’il appelle le cachot. http://www.gettingthevoiceout.org/la-prison-dans-la-prison-a-vottem-laile-securisee/,   http://www.gettingthevoiceout.org/temoignage-de-laile-securisee-du-centre-ferme-de-vottem-27042015/
Il est en grève de la faim et demande à témoigner.

ici son témoignage audio

Transcription de son témoignage

Voilà je me trouve au centre de Vottem, ça fait 17 jours que j’ai pas mangé, je fais une grêve de la faim. Le premier jour où j’ai commencé, j’avais demandé à voir le directeur et je l’ai toujours pas vu.
Ma raison de faire une grêve de la faim, c’est juste de demander d’avoir un travail ou d’avoir un transfert parce que ça va faire six mois que je suis détenu dans le centre. Alors six mois sans travail, on sait pas acheter du tabac ou plein de choses.
Les conditions de vie dans ce centre sont difficiles. La façon dont ils lavent les vêtements, c’est incorrect. Ils mettent les vêtements en boules très serrées et ils mettent toutes les boules dans la machine et les vêtements reviennent aussi sales qu’avant, et mouillés en plus.
Moi je suis en Belgique de manière pas très légale. J’ai pris une peine de prison par injustice, par rapport à mon nom et pas par rapport à mon fait, c’était clair dans le dossier. Et pendant les six ans que j’ai faits, j’ai commencé à sortir en congé. Je suis sorti plus de cinquante fois en congé, j’ai toujours respecté les conditions. Je retournais en prison et après on m’a renvoyé au Maroc. Au Maroc on n’a pas accepté mon rapatriement sans le laisser-passer et on m’a renvoyé encore en Belgique directement.
C’était au centre de Bruges, je suis resté là-bas. Là-bas c’est un peu mieux qu’ici mais le travail c’est la même chose, il n’y avait pas de travail. Donc au bout de quatre mois où je suis resté à Bruges, j’ai fait une grêve de la faim et pendant dix jours de grêve de la faim, ils m’ont transféré dans ce centre.
En arrivant ici, ils m’ont dit “ici on est bien, il y a du travail ici”. Alors quand j’ai intégré la section, j’ai arrêté et j’ai mangé là-bas, mais ils m’ont mis directement en isolement dans un cachot comme si c’était un transfert disciplinaire alors que je n’avais même pas de rapport disciplinaire. J’ai mangé et quand j’ai réintégré la section j’ai compris que les conditions de vie sont pires qu’à Bruges. Il n’y a pas de travail, tout est mal fait, tout est incorrect. Rien que pour voir l’assistante sociale il faut attendre 5 ou 6 jours. Pour voir le directeur, il faut jamais rêver alors qu’à Bruges le directeur et les assistants sociaux mangaient dans la même salle que nous. On pouvait les voir du jour au lendemain.
Il y a beaucoup de facteurs maintenant qui font que j’ai plus envie de vivre, j’ai envie de me suicider et ça dure.
Si je veux mourir maintenant, c’est pour une bonne cause. Pour que tout le monde sache ce qu’il se passe dans les centres.
Parce que que déjà, garder quelqu’un pendant 6 mois ou 8 mois et sans lui donner le moindre travail pour gagner un peu d’argent pour acheter tout ce qu’il a besoin, c’est inhumain.
On dit “oui on a les droits de l’Homme”, où est-ce qu’ils sont ces droits de l’Homme ! Où est-ce qu’ils sont mes droits ? Si on me garde ici depuis 6 mois et on me donne 1 euros tous les trois jours, ça c’est correct parce que je peux acheter avec un euro. Je suis fumeur, je dois attendre 15 jours pour acheter un paquet de tabac que je fume en deux jours. J’ai plein de choses encore à acheter.
Ici, comme je vous ai dit, les gens qui passent par ici, il n’y a pas beaucoup de gens qui restent ici longtemps. Chaque jour il y a des entrants, chaque jours il y a des sortants. Il y en a qui restent une semaine, trois jours, quatre jours, un mois ! C’est des gens qui s’en foutent même s’ils travaillent pas, ils savent qu’ils vont pas rester longtemps. C’est ça le problème pour quelqu’un qui reste longtemps.

J’ai demandé à voir le directeur et il n’a même pas cherché à me voir. Ca fait 17 jours que je ne mange pas. On me fait des contrôles tous les jours. On sait très bien que je ne mange pas mais c’est leur façon de me dire “crève”.

 

 

 

Ce contenu a été publié dans Nouvelles des centres, Récits de luttes, Témoignages audio, avec comme mot(s)-clef(s) , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.