État des lieux des situations en centres fermés – Novembre 2020

07/11/2020: Depuis la crise sanitaire Covid-19, il n’y a pas eu  beaucoup de nouvelles personnes enfermées dans les centres. De nombreuses libérations « surprises » ont lieu de façon aléatoire, sans forcément être motivées par des décisions de justice. Il y a beaucoup de plaintes des détenu·e·s liées au non respect des règles de prévention sanitaire de la part des gardien·ne·s. De nombreuses personnes sont mises au cachot pour des broutilles.Beaucoup de détenu·e·s se retrouvent coincé·e·s depuis des mois, jusqu’à parfois plus d’un an, suite à impossibilité d’être expulsé·e·s, car la majorité des pays de destination refusent de délivrer des laissez-passer en raison du Covid-19. De nombreux·ses détenu·e·s demandent à être expulsé·e·s car ielles en ont ras-le-bol des centres fermés dans lesquels ielles se trouvent depuis des mois.

Énormément de pères d’enfants belges, reconnus ou pas, se retrouvent en centre fermé. Ils ont parfois 2, 3 ou 4 enfants en Belgique. Certains sont en Belgique depuis 20 ans, et enfermés depuis un an.

« Comment peut-on priver des enfants de leur papa, c’est inacceptable. […] Je ne veux pas abandonner mon fils de 6 ans! »

Un détenu a téléphoné à l’ambassade de la République Démocratique du Congo, afin de leur demander qu’ils arrêtent de délivrer des laissez-passer aux pères de famille. L’ambassade lui a répondu qu’ils ne sont pas au courant des dossiers, et qu’ils reçoivent 500€ par laissez-passer. « Pour 500€, vous enlevez des papas à leurs enfants? »


Bref état des lieux des situations dans chacun des centres… 

127bis
Actuellement, de nombreuses personnes venant de pays de l’Est sont détenues et expulsées très rapidement. Une grande solidarité existe entre ces différent·e·s détenu·e·s.

Un détenu témoigne :« il y avait un Tunisien dans la chambre à côté. Le gars était super maigre, ne mangeait pas et à un moment, il s’est évanoui. Mohammed a appelé la sécurité en pensant qu’il était mort. Les travailleurs du centre l’ont ramassé et l’ont juste remis dans le lit ».

Merksplas
Dans les 3 ailes, il y a une trentaine de personnes, souvent des personnes qui ont été condamnées pour des petites peines. On remarque également qu’on vient principalement les chercher à leur domicile ou qu’ils sont transférés depuis la prison vers le centre fermé. 
Une assistance sociale a dit à une personne détenue depuis un an dans le centre : « qu’est ce que tu fais en Belgique? Tu dois rentrer au pays, pas de place pour toi ici ». Il est en Belgique depuis 20 ans et a une fille ici. Il s’est faché, a cassé le plexiglas : 24 h de cachot !

Le 1er novembre, 9 détenus ont entamé une grève de la faim, principalement dans le bloc 4, pour protester contre le non-respect des mesures Covid et demander leur libération, vu l’impossibilité de les expulser. 
Cinq personnes ont été amenées au cachot, chaque fois accompagnées de 10 gardiens. Un homme a été amené à l’hôpital. Il nous a téléphoné et a crié, « PLEASE HELP US ! »

Bruges
À Bruges, il y a actuellement une petite vingtaine de personnes. Très peu d’infos nous parviennent sur ce centre. La censure règne.  « C’est pas le centre de Bruges, c’est le centre Vlaams belang. »
L’un des détenu·e·s avait accepté son expulsion. Il a été amené à l’aéroport, puis ramené au centre sans aucune explication. Il a été mis au cachot car aurait « refusé » son vol…

Holsbeek
Holsbeek est un centre fermé exclusivement pour femmes. Actuellement, elles sont une dizaine à l’intérieur. Beaucoup de personnes y sont enfermées depuis de longues durées, parfois plus de 6 mois. Pour certaines d’entre elles, elles ont été arrêtées à l’aéroport puis directement transférées à Holsbeek. D’autres encore étaient à peine arrivées à échéance de leur carte orange (permis de travail) quand elles ont été incarcérées. 
De façon générale, les conditions d’enfermement (« tu ne fais que manger, sortir, dormir », « les problèmes avec la sécurité »,…) sont très anxiogènes. Par ailleurs et comme dans chacun des centres, les membres du personnel ne respectent pas les mesures de prévention sanitaire vis-à-vis des détenues, ce qui les inquète beaucoup.
L’une des détenues soumet une proposition : qu’un·e visiteur·euse infecté·e par le corona s’y rende… « Comme cela on sera toutes libérées ! LIBERTÉ ! »

Vottem
Actuellement 22 personnes, mesures sanitaires apparemment respectées.Depuis ce nouveau confinement les visites ONG dans les ailes ne sont plus autorisées. Visites au parloir, une seule personne toujours la même pour chaque détenu.Beaucoup des personnes qui se trouvent au centre fermé de Vottem subissent une double peine. La plupart viennent de prison, ou ont été arrêtées suite à des “problèmes d’ordre public”. Bien sûr ces personnes ne comprennent pas pourquoi on ne les libère pas, étant donné que les ambassades ne délivrent pas de laissez-passer et qu’il n’y a pas ou peu de vols vers leurs pays d’origine… 

Caricole
Un détenu a fait une tentative de suicide et s’est ouvert les veines. Un autre témoigne également qu’il ya des gens qui ne mangent pas. 

En conclusion, la crise sanitaire a eu de nombreuses conséquences au sein des centres fermés. D’une part, beaucoup de personnes ont été libérées sans motif. On peut se douter que l’État belge s’est rendu compte qu’il n’était pas possible de les rapatrier en raison de la crise sanitaire. D’autre part,  on constate que les personnes « gardées » par l’État belge sont souvent celles qui sont considérées comme “un danger pour l’ordre public”. 
Les personnes qui sont actuellement en détention vivent dans des conditions catastrophiques : isolement, peu de contact avec l’extérieur, stress, peu d’informations quant à leur procédure, mensonges, incompréhension… 

Ces personnes sont considérées comme des citoyen·ne·s de seconde zone et leurs droits ne sont pas respectés.

Encore et toujours :

No Borders !

Feu aux centres fermés !

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Et Appel Urgent vu le nombre de demandes . Merci à ceux qui le font régulièrement!

Appel à des recharges téléphone pour les détenu-e-s des centres fermés
Nous sommes actuellement assailli-e-s par des demandes de recharges de téléphone venant de personnes détenues dans les centres fermés.Vous pouvez soutenir ces détenu-e-s en achetant chez votre épicier, votre nightshop ou votre libraire une recharge de 5 ou 10 euros de l’opérateur Lycamobile. Vous nous envoyez le code pin inscrit sur cette recharge sur notre adresse mail gettingthevoiceout(a)riseup.net ou par SMS sur notre numéro de téléphone 0032(0)484026781. Nous nous chargeons d’envoyer ce code aux détenu-e-s qui en font la demande, leur permettant ainsi de garder un contact avec nous et avec l’extérieur.Vous pouvez aussi, si c’est plus facile pour vous, verser ou encore mieux faire un ordre permanent de 5, 10, 20 euros ou plus (!) sur le compte :

Collectif Contre Les ExpulsionsBanque Triodos BE58 5230 8016 1279 BIC: TRIOBEBB
Faites passer ce message à vos ami-e-s ,connaissances.

MERCI pour eux


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