B. est détenu depuis de nombreux mois en centre fermé. D’abord Merksplas, puis le 127bis. Il a connu le chantage à la demande d’asile, une pratique assez fréquente : les personnes sont mises sous pression pour introduire une demande d’asile avant même d’avoir un·e avocat·e et la possibilité de préparer une défense. De sorte qu’après une décision de refus, qui intervient beaucoup plus rapidement en centre fermé, elles soient expulsables.
B. raconte l’insupportable de la vie en détention. La routine d’un quotidien toujours le même, le sentiment d’être criminalisé, l’attente d’une issue qui n’arrive pas, …
« Je suis arrivé en Belgique au mois de septembre. Je suis venu rendre visite à un ami. Moi et mon pote, on était posés dans la rue, et la police est passée pour un contrôle d’identité. On était posés tranquillement, on faisait rien.
On est partis au poste, ils m’ont gardé en garde-à-vue 24 heures. Le lendemain, les policiers m’ont fait monter dans une voiture et m’ont ramené au centre d’Anvers, à Merksplas. Quand je suis arrivé là-bas, ils m’ont dit : « Ici, centre fermé pour rapatriement ». Ils m’ont expliqué le règlement d’intérieur.
Le lendemain l’assistante sociale est venue me voir, elle m’a dit « Monsieur, ils vous ont arrêté car vous étiez là illégalement, vous avez pas demandé de papiers en Belgique ». Après ils m’ont dit, « Si vous souhaitez demander l’asile, si vous voulez pas qu’on vous rapatrie en Guinée, vous avez la possibilité. Soit vous demandez l’asile, soit on vous rapatrie dans votre pays ». C’est comme s’ils m’avaient obligé à demander l’asile. J’ai dit « Ok, pas de souci. Dans ce cas, si je fais une demande d’asile, vous allez me ramener en France [où il dispose d’un titre de séjour]? ». Ils m’ont dit « Oui oui ».
J’ai demandé l’asile. On m’a fait parler pendant 30 minutes. Première interview. Deuxième interview. Deux semaines plus tard on me dit négatif, ton asile il est refusé.
Ils voulaient pas me ramener en France. Ils m’ont gardé pour une procédure d’identification. Un mois passe. Deux mois. Trois mois. Quatre mois. Cinq mois. Six mois. Sept mois. Je suis toujours enfermé.
Ils me donnent des avocats qui travaillent avec le gouvernement. J’avais un avocat, le jour de mon asile, il s’est même pas présenté pour me défendre.
Après ils m’ont transféré au 127bis. Je suis toujours là, enfermé. Huit mois, c’est le règlement des centres fermés. Ça fait huit mois maintenant. Ils ont pas respecté le règlement. Ils veulent pas me libérer. Ils me donnent des avocats qui travaillent à la faveur de l’Office des étrangers.
Mon titre de séjour [français], il a expiré pendant que j’étais en centre fermé. Maintenant ils veulent me rapatrier dans mon pays d’origine. Vous comprenez ?
Je demande à l’État belge de faire ce qui est possible pour me libérer de ce centre, de me rendre aux autorités françaises.
On est persécutés dans un pays qui se dit des droits de l’homme. Pour moi, les droits de l’homme, ça existe pas ici. Ici on prend des innocents, on les enferme dans des centres fermés. Leur seule criminalité, c’est de ne pas avoir de titre de séjour, de papiers. Pour ça ils divisent les gens, ils nous traitent comme des étrangers, ils nous maltraitent.
Ici en centre fermé, tous les jours c’est le même système. Manger, dormir. Manger, dormir. Même ça la bouffe, mal mal mal mal… Tu manges juste pour survivre en fait.
On a une heure de temps de promenade par jour. Toute la journée on reste enfermés. Ils nous traitent comme des criminels. Même pour demander des petits services, comme demander un petit shampoing, pas un grand shampoing, ils mettent ça dans une petite boite… Même pour ça, tu dois les supplier d’abord avant qu’ils te donnent.
Ici, je vous jure, les gens ils sont maltraités. J’ai vu des personnes ici, ça fait 10 mois qu’elles sont enfermées. Ils respectent même pas le règlement qu’eux-mêmes ont dit.
En ce moment y a même des mineurs enfermés ici.
J’arrive pas à comprendre. Normalement, si vous arrivez pas à rapatrier une personne, libérez-la.
Les Africains qui arrivent ici, ça fait huit mois, dix mois, certains même douze mois, une année qu’ils sont enfermés… Le seul crime qu’ils ont fait, c’est de pas avoir de papiers. Y a des personnes, ils ont fait des criminalités, ils sont passés en prison, ils ont fini leur peine de prison, on les récupère là-bas, on les prend, on les enferme pour un titre de séjour. Je comprends pas ce système.
C’est une colonisation moderne qu’on fait ici en Belgique.
Moi, tout ça, ça me fait mal. »
B. a fini par être libéré après 8 mois de détention ! Tout ça pour RIEN.
SOLIDARITÉ AVEC TOUSTES LES ENFERMÉ·ES
FEU AUX PRISONS ET AUX CENTRES FERMÉS
LIBERTÉ POUR TOUSTES







